Bicentenaire CHOPIN – Lundi 1er mars 2010 à 20h30
A l’occasion de la célébration du 200e anniversaire de la naissance de Frédéric CHOPIN (1er mars 1810-17 octobre 1849), 24 pianistes interprèteront les 24 études de Chopin.
La soirée sera présentée par Emmanuelle GAUME, animatrice sur France Musique et Arte.
Frédéric CHOPIN
12 études op. 10
12 études op. 25
Interprétés par :
Pascal AMOYEL
Jasmin ARAKAWA
Maurizio BAGLINI
David BISMUTH
Sanja BIZJAK
Lidija BIZJAK
Rebecca CHAILLOT
Dana CIOCARLIE
Laure FAVRE-KAHN
Alexis GOLOVINE
Christie JULIEN
Jenny LIN
Vahan MARDIROSSIAN
Emile NAOUMOFF
Tristan PFAFF
François- Xavier POIZAT
Julien QUENTIN
Louis SCHWIZGEBEL-WANG
Katia SKANAVI
Vladimir SVERDLOV
Vanessa WAGNER
Simon ZAOUI
« La vraie science n’est pas une partie de la connaissance différente de l’art. Non, la science envisagée ainsi, démontrée par un homme comme Chopin, est l’art lui-même. » (Delacroix)
Il y a deux cents ans jour pour jour, celui qui allait révolutionner le piano naissait dans un petit village polonais. L’enfant manifesta très tôt des aptitudes extraordinaires tant pour l’instrument que pour la musique en général, composant ses premières œuvres à l’âge de sept ans et éblouissant ses professeurs. Ainsi, le jeune exilé qui pose en 1831 le pied sur le pavé parisien n’en est pas à son coup d’essai : les quelques années précédentes ont été particulièrement riches en compositions d’envergure. Dans ses malles, des œuvres comme les deux Concertos pour piano, plusieurs Nocturnes des futurs Opus 9 et 15, le Scherzo en si mineur, et un premier cahier de Douze Études, commencées à Varsovie et poursuivies à Vienne, Munich et Stuttgart.
Il a donc à peine plus de vingt ans, mais le coup de maître le propulse d’emblée à la première place des compositeurs-pianistes. D’un genre jusqu’ici fait d’un ensemble d’exercices destinés à accroître la virtuosité de manière mécanique (le grand virtuose parisien Kalkbrenner allait jusqu’à conseiller à ses élèves de lire en même temps qu’ils travaillaient, pour parer à un inévitable ennui), pratiqué par tous les Czerny, Cramer ou Herz, Chopin fait une œuvre poétique. Sans négliger en rien les aspects techniques, et au contraire en y introduisant des avancées non négligeables, il confère à ces pages une expressivité nouvelle et pour ainsi dire inouïe.
Liszt, dédicataire de ce premier recueil (qui sera bientôt suivi d’un second, composé vers 1834-1835), reconnaissait bien volontiers ce qu’avait apporté ce quasi-jumeau au piano en général et à son propre jeu en particulier : « c’est à lui que nous devons l’extension des accords, soit plaqués, soit en arpèges, soit en batteries ; les sinuosités chromatiques et enharmoniques dont ses pages offrent de si frappants exemples, les petits groupes de notes surajoutées, tombant comme les goutelettes d’une rosée diaprée par-dessus la figure mélodique… ». Extensions de chacune des mains ou des deux à la fois, accords de toutes sortes, doubles notes diverses, depuis les secondes jusqu’aux septièmes, mouvements chromatiques, mélodie et accompagnement sur une seule et même main, conquête des touches noires… ne sont qu’une partie des procédés explorés par les vingt-quatre études.
Il est impossible, voire absurde, de faire une quelconque différence entre ce qui relève de la technique et ce qui relève de la musique en ces pages, tant la forme et le fond sont ici une seule et même chose. « Un son abstrait ne fait pas de musique, comme une parole ne fait pas de langue », aimait à dire Chopin. De cette esthétique, héritière voilée des vingt-quatre préludes et fugues qui forment le Clavier bien tempéré de Bach, se nourriront presque tous les pianistes-compositeurs futurs. Que l’on songe à Fauré, à Scriabine, à Rachmaninov ou encore à Debussy, qui concevra ses Douze Études, elles aussi nourries d’une profonde poésie, en hommage à son estimé prédécesseur.
L’intense difficulté de ces vingt-quatre Études, en partie liée à une écriture qui explore une technique particulière, et une seule, dans chaque pièce, exposant l’instrumentiste à la crispation et à la fatigue, fait que les pianistes sont rarissimes à oser se frotter à une intégrale en concert. Or, les entendre seulement au disque reste forcément frustant, tant l’exécution live est irremplaçable. Ainsi, tout en soulevant d’autres défis (liés notamment à la difficulté d’atteindre immédiatement à la concentration), l’interprétation de ces vingt-quatre études par vingt-quatre pianistes est une idée véritablement séduisante. Liszt disait qu’à chacune des Mazurkas de Chopin, pour bien les servir, « devrait s’atteler un pianiste différent et de premier rang » : faisons de même avec les Études.
© Angèle Leroy pour Piano’n troppo production

